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Annette Hallpike-Hell : J’ai toujours eu une prédisposition à vivre au Cameroun PDF Print E-mail
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annette hallpike-hell.jpgElle est d’origine caribéenne. Elle a étudié aux États- Unis d’Amérique. Une partie de sa famille est installée à Londres. Depuis trente -deux ans, le Cameroun est la terre d’accueil de cette épouse dévouée, mère de trois enfants. A la découverte d’une authentique citoyenne du monde. Je suis arrivée au Cameroun en 1980 dans le cadre d’un programme d’échange entre l’Université de Yaoundé et Pennsylvania State University.Dans ce cadre, j’ai commencé l’enseignement ici en donnant des cours de formation bilingue à l’Université de Yaoundé. Je me suis mariée et suis rentrée aux Etats-Unis. A mon retour, mon mari m’a encouragée à m’engager dans la société camerounaise en intégrant, par exemple, les lycées.Ceci m’a permis de participer à la formation d’un certain nombre de jeunes, qui sont professeurs d’anglais aujourd’hui; car ils venaient pour des stages pratiques dans les lycées où j’étais chef de département. Je pense que même si cela n’a pas été à 100%, j’ai pu contribuer au développement du bilinguisme au Cameroun.

Comment j’arrive au Cameroun

L’état de l’enseignement de la langue anglaise au Cameroun
Je peux dire qu’à travers les ans, il y a eu des hauts et des bas. Au début, c’était relativement positif; et cela n’était pas nécessairement le cas particulier de l’anglais, mais celui de tout l’enseignement secondaire. Quand le nombre d’élèves par classe était limité, on avait une mainmise sur les élèves, et on pouvait plus facilement susciter leur intérêt à la langue. Le professeur dirigeait certaines activités avec trente à quarante élèves; ce qu’on ne peut plus faire avec quatre-vingts ou quatre-vingt-dix élèves. J’ai quand-même essayé plus tard,  mais j’ai compris que ce n’était pas tout à fait ça.  Bref, je peux dire qu’au début, j’avais généralement plus de succès. Vers la fin de ma carrière, cela devenait un peu plus difficile, mais en même temps, les enfants ont commencé à se rendre de plus en plus compte que l’anglais est après tout très important dans le monde.

L’adaptation au système éducatif camerounais
Originaire des Caraïbes, mon adaptation au Cameroun, n’a pas posé de problème particulier.Certes, la vie est différente sur certains plans, mais on est habitué à ne pas toujours avoir tout ce qu’on voudrait. Arrivée au Cameroun, j’étais chargée d’un cours de Formation Bilingue à l’Université de Yaoundé: ce qui faisait partie du programme d’échange universitaire qui m’avait amenée ici.  Malheureusement, il était difficile de trouver une salle de classe disponible pour mes enseignements. Il n’y avait pas de documents, car chaque professeur était sensé en trouver lui-même. Je me suis donc rendu au Centre Culturel Américain où on m’a prêté quelques documents de travail. Il fallait aussi faire des copies des exercices pour les étudiants, et j’ai dû me débrouiller à obtenir les stencils qu’on utilisait à l’époque. C’était pénible au début, mais après les premiers essais, je m’y suis adaptée; et j’ai trouvé des solutions nécessaires pour palier cette situation. Les premiers lycées où j’ai enseigné, ce sont le lycée de New Bell et le Lycée Polyvalent de Bonaberi, où j’ai passé quatre ans, car mon mari avait été affecté dans cette ville. A mon retour à Yaoundé en 1985, j’ai continué à enseigner l’anglais dans les lycées.En même temps, je participais aux activités du Centre Culturel Américain; comme j’avais d’ailleurs fait au Centre Culturel Américain de Douala.

Ma vie au Cameroun
Tout d’abord je m’intéressais beaucoup à la vie africaine, car moi-même je suis d’origine surtout africaine. J’attribue beaucoup d’importance à ces origines; et avant de venir en Afrique, je me sentais très a l’aise en portant les pagnes et les foulards aux Antilles et aux Etats–Unis, comme les africaines. Je me rappelle qu’en rencontrant des ghanéens ou des gambiens aux Etats-Unis, j’ai suivi dans leur vocabulaire certains mots qu’utilisait ma grand-mère.En plus, je pense que j’ai sincèrement un esprit qui fait que je m’adapte assez facilement. Je me suis donc intégrée sans problème dans la société africaine.

La vie associative au Cameroun
A mon arrivée au Cameroun, j’ai trouvé d’autres épouses américaines et antillaises, ce qui a facilite mon insertion dans la communauté de Yaoundé sans me sentir dépaysée. Au Centre Linguistique Américain, à travers nos activités professionnelles, nous parvenions à recréer notre vie d’outre-Atlantique. Je suis également dans une association des Caraïbes, ou nous menons des activités nous permettant de maintenir certaines de nos traditions : des entretiens des piqueniques et des sorties, dont l’une qui nous a permis de passer un weekend mémorable à la plage de Kribi.

Vous êtes donc un groupe élitiste ?
Non, pourquoi élitiste? La plage fait partie intégrante de la vie des insulaires.  Au fait, je fais également partie de l’Association Chrétienne des Femmes de l’Eglise Presbytérienne Camerounaise, et aussi d’une association de professeurs de lycée de la région côtière.

Le regard sur la jeune fille camerounaise
Je peux dire que la situation de la jeune fille a évolué positivement sur beaucoup de plans, puisqu’elles ont plus de possibilités d’épanouissement;elles ont un minimum de moyens pour poursuivre leurs études, réaliser leurs rêves, s’affirmer en tant qu’êtres humains, sans toujours compter sur un autre.  J’entends des papas dire à leurs filles: «Ne pensez pas que c’est le mariage qui sera votre solution: il faut d’abord aller à l’école. C’est un moyen de vous rendre indépendantes et responsables.»  D’ailleurs, sur le plan scolaire, les jeunes filles travaillent souvent mieux que les garçons.

L’évolution du Cameroun
La ville de Yaoundé est en train de changer d’une manière largement positive.Certes, il y a quelques quartiers où les choses ont évolués spontanément;et pour les améliorer maintenant, il faut prendre des dispositions particulières.J’adore les fleurs:chez moi, vous trouverez des pots de fleurs naturels partout dans la maison et un jardin qui entoure la maison. Vous savez, quand je suis arrivée au Cameroun, beaucoup de personnes ne s’intéressaient pas aux fleurs.Aujourd’hui, en se promenant en ville, on peut apprécier de beaux jardins et points de vente de fleurs.

Par contre, il y a une chose qui m’inquiète énormément, surtout chez certains jeunes. C’est le manque de respect vis-à-vis de l’autre. Et j’aimerais, je ne sais pas trop comment, leur inculquer la notion que le respect de l’autre n’est rien d’autre que le respect de soi-même. Je prends un exemple:à mon arrivée au Cameroun, il y avait très peu de femmes qui conduisaient les véhicules, mais les gens ne les insultaient pas.Maintenant, avec mes trente ans d’expérience dans la conduite, on m’insulte souvent. La communication entre les êtres humains ne s’est pas du tout améliorée. On a des rêves, on peut les réaliser, on peut aller dans les grandes universités, mais l’essentiel ce n’est pas cela!  C’est l’être humain lui-même, la spiritualité, et tout ce qui va avec. Je suis d’accord qu’il y a peut-être certains parents qui, dans le souci de pourvoir aux besoins matériels de leurs enfants, ont négligé d’autres aspects de la vie.Ils se sont évertués à veiller à ce que matériellement, leurs enfants ne puissent pas avoir honte devant leurs camarades, tout en oubliant de nourrir le coté spirituel. Mais, il y a aussi des parents qui ont fait des efforts énormes sur tous les plans, même si à la fin ils n’ont pas toujours eu les résultats souhaités.

La culture camerounaise et moi
Je crois que, ayant vécu ici si longtemps, je n’ai pas envie de vivre ailleurs.  J’ai observé beaucoup de modes de vie y compris des difficultés que l’être humain peut vivre. J’ai aussi appris des solutions que l’on peut trouver, que je n’aurais pas connu ailleurs.

Parlant par exemple des habitudes alimentaires, j’adore la cuisine, et je me suis vite habituée aux mets camerounais. Ce que j’apprécie le plus ici: les variétés de fruits qu’on peut consommer encore bien frais, l’abondance de légumes de toutes sortes. Il y a même les cristophines, une espèce de légume en forme de poire, que nous utilisons beaucoup aux Antilles. J’en  ai trouvé ici ; et  j’ai partagé cet autre aspect de ma culture avec mes voisins. Quand je suis arrivé au Cameroun, j’entendais toujours parler à la radio de« la révolution verte.» Et cela constitue un aspect important de la vie ici que j’apprécie énormément.

Ma musique préférée: avec un mari Bassa,je peux dire que je suis habituée au rythme de l’Assiko et je l’apprécie. En dehors de ça, j’aime la musique ivoirienne et congolaise (rire).

Votre pire souvenir au Cameroun
Je n’en ai pas vraiment.

Et le coup d’Etat manqué du 6 avril 1984 ?
Je l’ai vécu de loin.  J’étais à Douala, et mon mari, Délégué du Ministère de Mines, devait se rendre à Yaoundé quelques jours avant les événements de 1984. Il a raté son vol, et le jour même des événements, il est reparti à l’aéroport.Par la suite,il m’appelle et me dit: «Je suis encore à l’aéroport.» Je l’interroge: «Mais tu as encore raté l’avion ?» Il me dit: «Non,  il y a quelque chose qui se passe à Yaoundé, et je ne peuxmême plus partir.» Doncc’est tout ce que nous avons vécu de ce qui s’est passé à Yaoundé.

Et les émeutes de la fin en 2008 ?
Ce jour-là, mon mari était au centre ville, et il fallait que j’aille le chercher. J’y suis partie avec mon fils, malgré notre peur. Le constat que nous avions fait est qu’à certains endroits les rues étaient vides, il y avait beaucoup de militaires et de policiers—une situation que je n’avais jamais vécu jusque là.


Quel mot de fin sur votre jardin?
Personnellement, vivre au Cameroun est une bonne chose; il y a un peu de tout ce qu’on souhaite avoir, il faut juste avoir le minimum nécessairepour mener une vie décente; et selon moi, le Cameroun n’a pas grande chose à envier aux autres pays. Même si certains domaines restent encore à améliorer, il y a espoir que cela arrivera. Voyez-vous, au début des années 1990, les gens étaient malheureux et tristes. Le mot que j’utilise souvent, c’est « lugubres.» Mais je vois qu’on peut maintenant rire, on peut se vêtir gaie.

A propos du Centre Linguistique Américain
Le Centre Linguistique Américain existe depuis très longtemps,et œuvre dans le cadre du développement du bilinguisme au Cameroun. De cette façon, il  aide le public, surtout les jeunes, pour une large ouverture à travers la bonne connaissance de l’anglais. Il insiste aussi sur la connaissance de la culture américaine. Pour ceux qui veulent poursuivre leurs études aux Etats-Unis, l’ambassade des Etats-Unis tient parfois, à travers notre centre, des séances de travail, et nous demande de leur faire connaitre leurs services dans ce domaine. A propos, notre centre est aussi un centre de test pour les examens requis pour l’admission aux universités américains: le TOEFL, le SAT et le GRE.

La plupart de nos étudiants sont des jeunes,mais il y a aussi des hommes d’affaires et des professionnels. Pendant les grandes vacances nous avons également des petits de l’école primaire. Des années durant, nous avons évolué avec la technologie; la façon d’enseigner s’est continuellement améliorée.

Les conditions d’études au Centre
Nos cours se déroulent pendant toute la journée: il y en a de 8h30 du matin jusqu’à 20h00. En dehors des heures de cours, les étudiants ont une heure par semaine pendant laquelle ils viennent s’entrainer individuellement avec le matériel et les équipements audiovisuels pour améliorer les. Nous sommes très accueillants avec les jeunes pour les aider, les encourager. Tout le monde peut venir au Centre Linguistique Américain, soit pour s’informer soit pour s’inscrire.  Nos frais de cours sont maintenus le plus bas possible, tout en évitant, comme on dit en anglais, d’être «in the red.»

En plus de nos activités régulières, nous avons un programme avec l’Ambassade des Etats-Unis qui concerne trente élèves venant de familles moins nanties.  Il s’agit du premier projet au Cameroun de l’English Access Microscholarship Program, qui existe ailleurs dans le monde depuis 2005.  Il vise à aider des jeunes à avoir des ouvertures à travers cette connaissance de la langue, de la culture américaine, et une conscience de leur potentialité. Ces enfants sont tellement motivés qu’en quelques mois, ils parlent déjà couramment anglais. Il y a deux semaines, nous avons reçu l’Attaché Culturel de l’ambassade lors de la célébration de la vie du Docteur Martin Luther King. Elle a dit: «Ces enfants, au début ils étaient un peu timides, mais aujourd’hui, presque tous parlent avec engouement; ils s’expriment en anglais et ils sont très dynamiques.»

Le personnel
Notre personnel comprend cinq employés permanents. Il faut y ajouter les consultants qui sont des enseignants très expérimentés venant d’horizons divers:canadiens,camerounais,américain, antillais.  Ils sont tous experts dans l’utilisation d’une pédagogie basée sur l’interactivité, beaucoup de communication, et principalement la pratique du langage réel de tous les jours, en même temps que l’anglais qui sert dans le contexte académique.

Propos recueillis par Thierry Ndong et Armand Noah

 

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